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Le monde à l’envers
Le monde à l’envers est une maison d’édition de textes de critique sociale créée en 2010.
Pourquoi faire des livres ?
En 2010, après plusieurs années de luttes partagées, quelques amis décident de se lancer dans l’édition sans y connaître grand-chose. Nous créons Le monde à l’envers pour faire des livres dans le but de changer le monde dans une direction plus égalitaire. En effet, en utilisant ce canal de diffusion nous espérons ne pas parler qu’aux convaincus. Pour cette raison, dès le premier livre nous cherchons à ce que nos textes soient exempts de verbiage pompeux et de jargon : qu’ils soient au contraire intelligibles au plus grand nombre. Pour la même raison pour laquelle nous nous efforçons de vendre nos livres au prix le plus abordable possible. L’objet livre a également un autre intérêt : il nous semble plus pérenne que le tract ou l’article sur internet, ce qui n’est pas sans utilité pour la mémoire des luttes et leur transmission. Enfin, parce que nous aimons les jolis livres, nous décidons rapidement de sérigraphier les couvertures de tous nos livres. Cela permet, nous nous en rendrons vite compte après quelques journées d’impression, de garder les pieds sur terre et d’avoir bien conscience de la matérialité de ce petit commerce des idées.
Ici c’est Grenoble !
Nous ancrons notre critique dans notre situation locale et des luttes concrètes. Cela permet selon nous d’être plus accessible qu’en parlant de généralités abstraites. Nous pensons en effet que s’il est correctement abordé, le local peut témoigner du global. C’est pourquoi le courant dit « anti-industriel » sera l’une de nos matrices politiques. Nous habitons en effet à Grenoble : une ville universitaire avec son campus, ses ingénieurs et ses nombreux labos et industries high-tech, dirigée pendant trois décennies par des technophiles socialistes et à présent par des écologistes technophiles, tous acharnés à transformer cette ville et ses alentours en « Silicon Valley à la française », comme l’expliquaient déjà à l’époque les enquêtes critiques du groupe Pièces et main d’œuvre (PMO) que nous avons pris conscience de vivre dans le ventre de la bête. Ce sujet qui structurera tout une partie du catalogue jusqu’à aujourd’hui : du livre collectif Métro, boulot, chimio (2012) à ceux du Groupe Grothendieck Grenoble capitale vert kaki (2024) et L’Université désintégrée (2020) en passant par celui de STopMicro Anatomie d’une puce (2026).
Place à la sensibilité
Les préoccupations de la maison d’édition excèdent bien sûr cet aspect. Aussi, des discours dénonciateurs, une série de textes rejoignent le catalogue pour figurer le réel d’une façon incarnée et sensible. Dans cette catégorie, il y a bien sûr les livres de Coline Picaud, Disgrazia ! (2012), De l’autre côté (2014), Mais pour toi, demain il fera beau (2018), Personne ici ne sait qui je suis (2022), le livre de Mathilde Gal et Tcholeiy Des vies orageuses (2023) ou celui de Marion Honnoré Les femmes qui restent (2026), mais aussi des récits de professionnels qui racontent leur situation de travail en mêlant savoirs « chauds » (issus d’expériences directes) et savoirs « froids » (théoriques). Ainsi naissent La mécanique des lettres d’un homme de lettres anonyme (2013), Avec une caméra de Mathieu K. (2014), Force de vente de Damien Lelièvre (2020). L’approche sensible et singulière n’interdit pas de parler de technologie, comme le prouvent Le refroidissement technologique de Vincent Peyret (2026) ou Les cours en visio me donnent envie de mourir de Marion Honnoré (2022). Cette dernière est également l’autrice de Devenir Gilet Jaune (2020), qui tisse un récit à la première personne avec un regard philosophique et politique. Figure également dans cette catégorie la réédition du grand livre de l’Italien Nanni Balestrini Les invisibles (2018, parution originale en 1987) qui fait revivre les espoirs révolutionnaires d’une génération, dans un monument de littérature contemporaine où l’empathie avec les protagonistes est immédiate.
Histoires de contre-cultures
Cette « histoire située » des mouvements nous amène également à publier plusieurs livres ancrés dans la contre-culture, où l’iconographie tient une bonne place et qui restituent une époque, les réflexions des participants d’un mouvement donné. Ainsi des Aventures de Red Rat de Johannes van de Weert (2016), de Grenoble Calling de Nicolas Bonanni et Margaux Capelier (2021), de Friture, anarchie, vandalisme (2019) ou de Détruire les villes avec poésie et subversion (2014).
Porte-voix et retour critique sur les luttes
Le but de nos ouvrages est double. D’une part, accompagner les luttes sur un plan pratique : leur servir de porte-voix, leur permettre d’atteindre un public éloigné, les aider à produire des effets ; par exemple notre premier livre Sous l’œil des caméras (2010), la BD de Maud et Elsa Lecarpentier Toujours puce (2024) ou la revue De tout bois. Mais le livre permet aussi la réflexivité, le retour critique sur les luttes elles-mêmes. Nous avons en effet une attention à sortir des évidences que l’on perçoit comme partagées à gauche, avec l’envie de mettre un petit coup de pied dans la fourmilière. Non pas pour le plaisir de la polémique, mais pour l’intérêt de la discussion, de la réflexion et des conséquences possibles des débats. Parmi ces livres un peu poil à gratter, qui prennent le contrepied de lieux communs militants, on compte le livre d’Alexis Escudero La Reproduction artificielle de l’humain (2014), Que défaire ? de Nicolas Bonanni (2022), Adresse à tous ceux qui ne veulent pas gérer les nuisances mais les supprimer de l'Encyclopédie des nuisances (2011, première publication en 1990), Tout plaquer d’Anne Humbert (2023), La Nature comme marchandise d’Antoine Costa (2018), Le Vide à moitié vert du Postillon (2021) ou Égologie d’Aude Vidal (2018). Cette dernière montre comment certains contestataires en viennent à reproduire au sein de leurs mouvements même le libéralisme qu’ils prétendent combattre, une réflexion qu’elle poursuit avec Le revenu garanti : une utopie libérale (2020).
Sortir les paroles individuelles de l’isolement libéral
Quelle que soit la forme des livres que nous publions (essais, récits, BD...), il faut indiquer que nous estimons de la responsabilité d’une maison d’édition de publier des livres qui sachent interrompre le ronron postmoderne et libéral où « toutes les opinions se valent ». Alors qu’il est devenu monnaie courante d’affirmer que chacun ne peut parler « que pour lui-même », qu’il n’y a plus de « Grands Récits », mais seulement des petits récits, singuliers, individuels, tous minoritaires (comme le théorise le philosophe Jean-François Lyotard), il nous semble capital de chercher par notre travail à sortir ces paroles individuelles de l’isolement dans lequel le libéralisme voudrait les plonger. Les microrécits à la première personne n’ont d’intérêt que lorsqu’ils arrivent à atteindre des situations plus générales, à universaliser leur parole singulière. L’intérêt des textes que nous publions est de chercher, en partant de situations concrètes, singulières, ancrées, charnelles, territorialisées, à rencontrer les préoccupations d’autres personnes, placées dans la même situation ou dans d’autres. Nous aimons quand cette rencontre se fait spontanément et que les lecteurs se reconnaissent dans le livre. Nous apprécions également quand le livre fait des étincelles avec ses lecteurs et provoque du débat contradictoire.
Une maison d'édition engagée, partie prenante d’une constellation
Le monde à l’envers s’inscrit dans une constellation de maisons d’éditions et de revues avec lesquelles nous partageons une direction commune, même si des options politiques ou des méthodes divergent. Citons les précurseurs Agone, L’Encyclopédie des Nuisances ou L’Insomniaque, créés dans les années 1990, ainsi que la floraison de maisons d’édition critiques des années 2000-2010 (L’Échappée, La Fabrique, La Lenteur, Divergences, Tahin Party, Z, Jef Klak, Libertalia, La Lenteur…). C'est aussi pour cela qu'en 2019, après de nombreuses années en auto-diffusion et auto-distribution, nous avons rejoins le diffuseur Hobo Diffusion, qui fait à présent le lien avec les libraires qui nous soutiennent. Nous continuons quant à nous à assurer la relation avec les infokiosques, les tables de presse militantes et tout le réseau informel des luttes...
Nous n’avons jamais envisagé Le monde à l’envers comme un plan de carrière, un faire-valoir en milieu militant ou encore une PME du livre subversif, mais comme une des formes de notre engagement militant anarchiste et comme un outil politique. Faire circuler des critiques et des idées, non pour endoctriner ou faire vendre, mais pour soutenir des luttes, faire bouger des lignes, donner à réfléchir ou se questionner.
Le monde à l’envers, automne 2026
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